Dimanche 27 mai 2007

Voici le conte qui m'a inspiré pour ma collection CAMANCHACA. (Voir la collection ici et )

Dans la province de Coquimbo, le Chili change peu à peu de physionomie. Ce n'est plus le nord aride et désertique, et pas encore la verte vallée du centre. Les nuits sont froide, humides et les journées douces et tempérées. Un brouillard épais monte du sol chaque soir. Il part des portes du désert et s'arrête sur Coquimbo. Ce brouillard les gens du nord le nomment "la Camanchaca".

Il était une fois un mineur jeune et beau qui arriva monté sur sa mule de mineur. Il venait des plaines du centre où il n'avait trouvé à débroussailler que des terres à graine. Or, il ne se sentait pas une âme d'horticulteur, et encore moins de fermier. Il ne rêvait que de "derroteros" (mines enfouies) qui le rendraient riche du jour au lendemain.

Il s'installa donc dans la bonne ville de Coquimbo et se mit en devoir d'interroger les passants:

- Où puis-je trouver un bon gisement? Je suis fort, regardez! - et il faisait jouer les muscles de ses bras.

- Je puis marcher des jours entiers, regardez! - et il remontait le bas de son pantalon pour faire voir ses jambes fortes et poilues.

- Je peux charger des sacs de plus de 100 kilos, regardez! - et il enlevait sa chemise découvrant ses épaules bronzées par le soleil de la côte. Les habitants de Coquimbo le regardaient sans rien dire, bougeaient la tête et portaient l'index à leur tempe pour signifier qu'il était cinglé.

Il se promena ainsi plusieurs jours, tirant sa mule d'un endroit à un autre.

Alors, venant des terres arides du désert, un indien loqueteux et taciturne arriva aussi dans la ville. Comme il ne savait pas où aller, ni pour boire ni pour manger, il s'arrêta et regarda le manège du futur mineur. Celui-ci le vit et l'interrogea à son tour:

- Connais-tu un gisement quelconque où je puisse aller travailler?

L'indien lui demanda: - Pour quoi?

- Mais, pour devenir riche, pardi!

- Et, pour quoi veux-tu devenir riche?

- Pour avoir enfin tout ce que je veux!

- Et qu'est ce que tu veux?

- Tout! Je veux tout! Du vin à volonté, des femmes, des maisons, être riche quoi!

Et l'indien lui répondit : - Je connais quelqu'un qui connaît quelqu'un d'autre, qui à son tour connaît quelqu'un qui possède un gisement d'or et d'argent.

- Alors l'ami, qu'attends-tu pour me présenter ce quelqu'un?

- Mais avant, je voudrais que tu me donnes à boire et à manger.

Et ainsi fut fait. Quand l'indien fut repu, il emmena le gaillard en dehors de la ville. Ils traversèrent une plaine, grimpèrent sur une colline, descendirent sur le versant d'un fleuve asséché et finirent par s'arrêter à la porte d'une cabane.

- Camanchaca! - cria l'indien - Camanchaca, où es-tu?

La porte de la cabane s'ouvrit et sur le seuil apparut la plus belle femme que l'on puisse imaginer. Le jeune mineur resta béat d'admiration. Quand il eut reprit ses esprits, il demanda en bégayant: - je...cher...che quel...qu'un qui possède...une...mi...ne. Et la beauté lui répondit en souriant: - Je connais quelqu'un qui connaît quelqu'un...Mais entre d'abord, nous parlerons à l'intérieur. Elle lui prit la main et l'entraîna à sa suite. Le gaillard tourna la tête pour remercier l'indien, mais celui-ci avait disparu.

Camanchaca connaissait tant et tant de choses, que le mineur y resta enfermé pendant des mois et des mois. Il ne se lassait jamais de la regarder et de l'écouter raconter: - Je connais quelqu'un qui connaît quelqu'un... Il était tellement sous le charme de Camanchaca qu'à la fin il oublia le pour quoi de sa présence dans la cabane. Tous les jours lorsque le soleil pointait à l'horizon, il le regardait par les fentes de planches qui servaient de murs, mais il n'avait pas envie de sortir pour en recevoir la caresse, il ne voulait qu'entendre la voix de Camanchaca qui disait: - Je connais quelqu'un qui connaît quelqu'un...

Petit à petit les beaux muscles de ses bras, dont il était si fier, se mirent à fondre. Il en fut de même pour ses jambes, ses épaules, son port de tête altier.

Sa mule, qui était restée dehors, se lassa d'attendre et s'en alla en emportant tous ses bagages. Lui, il ne voyait rien, il ne pensait plus, il ne faisait que regarder et écouter Camanchaca.

Dan la ville, les gens virent déambuler la mule solitaire qui s'arrêtait pour brouter les brindilles qui poussaient parmi les pierres du chemin. Quelqu'un en fut surpris. Puis, de bouche à oreille, de porte à porte, la rumeur se répandit: - Le cinglé qui montrait ses muscles à tout le monde, savez-vous ce qu'il est devenu? - et tout bas ils chuchotaient pour que le vent ne puisse les entendre : - il est enfermé chez Camanchaca...

La rumeur roula, sauta de pierre en pierre et finit par aterrir aux portes de la chapelle. Monsieur le curé qui ne se lassait pas de tonner à l'adresse de gens qui vivaient en concubinage: - Vous serez punis! La luxure est un pêché mortel! Même les indiens sont obligés de se plier à la règle sacrée! Il faut bénir votre union! Et monsieur le curé en fut épouvanté: - Comment? Quelqu'un qui s'appelait Camanchaca avait osé enfreindre sa loi? Et ce fameux mineur, venu d'on ne sait où, se prêtait à ses jeux? Il organisa une battue en bonne et due forme pour arracher le malheureux mineur des bras de la pécheresse.

Les gens de la ville, armés des pelles, des piques et des pioches, avec Monsieur le curé à leur tête, traversèrent la plaine, montèrent sur la colline et descendirent sur le versant du fleuve asséché, pour s'arrêter devant la porte de la cabane.

- Camanchaca! Camanchaca! - crièrent-ils - Rends sa liberté au mineur! Mais personne ne répondit. Quelqu'un enfonça la porte, mais la cabane était vide. Déconfits ils s'en retournèrent en ville. La nuit tombait doucement, et avec la nuit un brouillard épais commençait à monter vers le ciel. Le vent hulula. Il jeta sur leurs visages son haleine chaude et froide et on entendit très nettement: - Je connais quelqu'un, qui connaît quelqu'un...



(Texte extrait de "Contes et Légendes du Pays lointain") Auteru: Diomenia Carvajal. Chili.
Droits de publication cédés à la Revue Culturelle Latino-américaine Bilingue ARCOIRIS.



Note: Coquimbo est un mot quechua. A l'origine ce mot était Cullquitampu, qui veut dire "auberge d'argent" ou "repos d'argent". Il fut altéré par le castillan et devint Coquimbo. Aux alentours de Coquimbo les mines d'argent abondaient.



Petite présentation de Diomenia Carvajal:

Née à Valparaiso. Réside en France depuis 1963.
Genre littéraire: prose (roman, nouvelle, conte, chronique).
Diplômes: Licenciée en lettres (espagnol).
Maîtrise sur le folklore chilien.
Profession: professeur certifiée (collèges, lycées, faculté de lettres).
Ouvrages publiés: Erase una vez (cuentos), 1989; Julieta (roman), 1990, (publié par chapitres dans la revue Arcoiris); Un interminable invierno (cuento), 1998.
Ouvrages inédits en français: Contes et légendes du pays lointain; Le fils de l'arc-en-ciel; Madame Ana.
Ouvrages inédits en espagnol: Las crónicas de Nina; Pachuco; Las aguas sucias.
Elle a fondé, édite et dirige la revue culturelle bilingue Arcoiris depuis 1995.

En savoir plus sur Diomenia Carvajal ici:    http://www.revue-arcoiris.com/





Par Tri-Une - Publié dans : Amis Créateurs
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Commentaires

Oui, en effet, avant de partir en vacances je me suis rendu sur google (comme je le fais à chaque fois, car c'est là que je découvre ce que l'on a publié sur mes écrits, au Chili et ailleurs) et je n'ai pas trop l'habitude des blogs, alors pour le commentaire je n'ai pas trop bien compris qu'il fallait mettre l'URL d'un site web, et je n'ai rajouté que le "Bonjour!" C'est idiot mais moi qui fabrique moi-même mes sites et je suis tellement habituée à me creuser la tête pour les réaliser, que je n'ai pas trop bien compris cette histoire où tout est prêt. C'est fantastique! Alors je me suis mise aussi pour avoir une plateforme de plus pour mes écrits.
A bientôt!
Le lien vers votre blog est dans mes liens, sous le nom de Créatrice textile.
Commentaire n°1 posté par Diomenia Carvajal le 27/08/2007 à 16h51
Bonjour!
Je suis ravie d'avoir découvert ce blog et tout ce qu'il contient. Et très heureuse d'avoir contribué, par mes écrits, à votre inspiration de créatrice et des créateurs. J'en suis certaine que bientôt vous serez aussi très connue, car le talent ne s'apprend pas, on l'a ou on ne l'a pas! Veuillez aussi féliciter en mon nom tous les artistes qui s'impliquent avec vous pour former une seule unité: celle du bonheur, de la beauté et l'amitié.
Très heureuse de vous connaître.
Diomenia Carvajal
Commentaire n°2 posté par Diomenia Carvajal le 27/08/2007 à 15h48
Bonjour Diomenia Carvajal,
je suis tres touchée de vous rencontrer... enfin d'avoir eu un mot de vous !!!
Je tiens a vous remercier pour vos ecrits et oui je feliciterai tous ceux qui ont participé et qui continue a participer a ce projet (graphiste, serigraphiste, amis et proches)

Je suis étonné car votre lien ne fonctionnais pas...
cependant maintenant j'ai reussi a voir votre blog... je suis tres tres contente et je suivrais de tres pres votre creation (je mettrais aussi un lien vers votre blog !!!)
a tres bientot
Réponse de Tri-Une le 27/08/2007 à 16h04
Je suis ravie d'avoir découvert ce blog et tout ce qu'il contient. Et très heureuse d'avoir contribué, par mes écrits, à votre inspiration de créatrice et des créateurs. J'en suis certaine que bientôt vous serez aussi très connue, car le talent ne s'apprend pas, on l'a ou on ne l'a pas! Veuillez aussi féliciter en mon nom tous les artistes qui s'impliquent avec vous pour former une seule unité: celle du bonheur, de la beauté et l'amitié.
Très heureuse de vous connaître.
Diomenia Carvajal
Commentaire n°3 posté par Diomenia Carvajal le 03/08/2007 à 20h21

*TriUne*

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Creatrice textile: maille. Fashion designer, Styliste vetements, acessoires et bijoux...

La marque *TriUne* présente des créations de vêtements, d'accessoires et textiles, fait main par la créatrice. Des créations qui se caractérisent tout d'abord par leur unicité. Par ailleurs leur aspect épuré et leur capacité d'adaptation en font des créations modulables, à usages multiples...

*TriUne* c'est avant tout le souci d'un travail de qualité, ainsi qu' un rapport de proximité avec le Client.

Lors de l'élaboration d'une collection, la créatrice crée un univers à part entier. C'est en puisant dans le quotidien qui nous entoure que naissent des concepts, des visuels qui vont peu à peu nourrir sa création.
Ainsi chaque création prend racine et évolue dans une histoire, un conte personnel...

 

 

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